Parce que depuis que je ne peux plus monter sur le tatami, ma vie semble avoir perdu tout sens et toute envie. Larmes, peur, appréhension, stress, énervement, pleurs, découragement.
Et pourtant...
Il y a des gens paralysés à vie, des mutilés de guerre, des malades sur un lit d'hopital...
Mais que voulez-vous, on a beau se dire qu'il existe pire que nous, ça ne console en rien. Egoïsme. Ou...
Une passion plus forte que la raison.
Mais ce jeune garçon, là... Il m'a bouleversée.
A peine un an de moins que moi, il voulait faire du judo sa vie, il ne peut plus faire de sport.
Et pourtant... Si j'avais su...
Que depuis que j'ai débuté la compétition, lui et sa famille me soutiennent.
Que lorsque je suis rentrée au Pole Espoir, ils étaient plus heureux que moi.
Que même lorsque je perdais, ils m'admiraient et continuaient de croire en moi.
Que lorsque je gagnais, je le méritais à leurs yeux plus que toute autre personne.
Que même lorsque leur fils a du tout arrêter, ils n'ont pas cessés de venir me voir.
Que lorsque je me suis blessée, ils ont dit "quand tu seras de retour l'an prochain, on viendra t'applaudir aux France".
Oui... Si j'avais su...
J'aurais pleuré pour eux et non pour moi.
J'aurais dit "je n'abandonnerais jamais" avant de dire "l'année prochaine c'est foutu".
J'aurais eu la force de ne pas me plaindre et de penser à eux plutôt qu'à moi.
J'aurais pris mon courage à deux mains et attendu à leur place de remonter sur le tapis un jour.
L'an prochain, je combattrais pour eux.
Parce que ce que leur fils ne peut plus que rêver, moi j'ai les moyens de le réaliser.
Et si je ne suis pas championne olympique, je serais celle de leur coeur.
Parce qu'être un modèle pour une famille, ce n'est pas glorifiant, non. Ca donne tout le courage du monde.