Transformée jusqu'à la fin de mes jours.
La chair s'est déplacée en moi, laissant des traces incandescentes et ineffaçables.Je me souviens...
n'avoir eu
aucun stress...
m'être sentie
soulagée lorsqu'ils sont venus me chercher...
Je me souviens...
des couloirs de la clinique, puis cette salle démeublée, seulement peuplée de
lits vides et d'une télé...
avoir ressenti une étrange impression en voyant ce petit enfant passer dans son
lit à barreaux, dormant, blanc comme un linge
tel un gisant, dans cette couche semblable à une
cage à oiseaux...
Je me souviens...
du slalom dans le
bloc opératoire, avant d'être transférée du brancard à la table d'opération...
de toutes ces machines, ces lumières, ces bruits, cette
agitation du personnel médical dans les
coulisses secrets de l'hôpital...
Je me souviens...
de cette grosse lampe au-dessus de ma tête, des tuyaux, des
appareils cardiaques...
de cette
perfusion, puis de ce plafond aux multiples ampoules qui s'est mis à tourner puis
devenir flou...
Je me souviens...
de ce
masque près de ma bouche, recouvrant mon nez, et de ce monde autour de moi...
puis plus
rien.
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Je me souviens...
de mes yeux qui lentement
se rouvrent...
de mes membres qui doucement
se mouvent...
Je me souviens...
de ma tête
vacillante...
de ces
tremblements incontrôlables...
Je me souviens...
de ce
coup de chaud malgré la
froideur ambiante de la salle...
de cet homme allongé à côté de moi,
pâle comme la mort...
_______[ étais-je pareille...? ]
Je me souviens...
de mon esprit devenant
lucide petit à petit...
de mon corps
s'éveillant peu à peu...
Je me souviens...
de ces
deux hommes penchés au-dessus de moi...
de moi plaisantant avec eux, ma langue
se déliant...
Je me souviens...
de leurs
paroles rassurantes... "tout va bien la puce, ça s'est passé à merveille!"
de ce
calmant amer et brûlant coulant dans ma gorge...
Je me souviens...
n'avoir ressenti
aucune douleur...
avoir juste été emprise d'une
grande fatigue...
Je me souviens...
avoir retraversé les couloirs aux odeurs de médicaments, arriver dans la
chambre 114...
puis avoir
sombré dans les bras de Morphée sous les yeux de mes parents et des brancardiers.
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L'opération est passée.
Et m'a transformée.
Mon corps n'est plus le même, mutilé, scarifié, abîmé par la fatalité.
Cette chair qui a bougé en moi, qui s'est déplacée, qui a transofrmé ce que j'étais... Zébrant ma peau de traits fins et clairs, laissant sur son passage des traces du chemin parcouru pour soigner cette blessure.
On a fouillé dans mon intimité pour réparer les dégâts causés. Cette marque, appelée cicatrice, si violente à mes yeux, est la matérialisation physique de ma douleur, représentante attitrée de cette souffrance morale qui m'affecte tant.
Désormais, jamais plus je ne pourrais oublier ce mardi 9 octobre 2007, peu avant 20h, qui a fait basculé ma vie, mes projets, mon équilibre et mon avenir. J'ai voulu me battre, faire la guerre, mais j'en suis ressortie perdante, blessée au combat, mutilée comme on dit. Marquée par le judo. Marquée par la vie.
J'en fais tout un drame? Bah oui. Parce que vivre dans l'ignorance, dans le doute, se poser sans cesse des questions, se demander à chaque instant ce que l'on est en train de rater, se dire que cette année aurait peut-être pû tout changer, c'est une épreuve dont on ne sait jamais si l'on va en ressortir indemne. Ce n'est pas vivre, c'est survivre. Une vie en sursis.
Je voudrais tant oublier cela, que tout sombre dans l'oubli. Mais c'est encore moins possible qu'avant. Chaque fois que je baisse les yeux, je vois ces bandages qui entourent mon genou et qui cachent les preuves (l'épreuve...) que plus rien ne sera jamais plus comme avant.
Une blessure béante qui ne sera refermée que le jour où j'aurais rattrappé mes rêves, récupéré cette année qui m'a été volée. Le jour où je chanterais la Marseillaise à Paris-Bercy, le jour où j'aurais refait ma vie, le jour où je n'aurais plus aucun objectif car j'aurais dérobé tout l'or du monde. Même si cette plaie doit rester ouverte jusqu'à ma mort.
Le judo est inscrit dans mon coeur, ancré dans mes pensées, inscrusté dans ma peau, inscrit en moi et désormais marqué sur mon corps.
Trace indélébile de la folie humaine.